Katell Morand, maître de conférences à l’université Paris Ouest, associée au Centre de Recherche en Ethnomusicologie, katellmorand@free.fr
Chant, émotions, et mémoire autobiographique : comprendre et retracer les conflits locaux en Ethiopie du Nord
La vallée du Nil Bleu, qui sépare en Ethiopie du Nord les anciennes provinces du Gojjam et du Begemder, fut longtemps réputée pour le “banditisme endémique” (Crummey 1986) qui y régnait. Aujourd’hui encore, la violence y est plus prononcée que dans les hautes-terres environnantes, alors que de nombreux conflits locaux motivés y sont motivés par les rivalités personnelles et des vendettas entre coalitions familiales. L’objectif de cette présentation est de montrer comment une ethnographie portant sur des formes de poésie chantée a permis de retracer et de comprendre les mécanismes de ces conflits dans des situations où ils se dérobent à la conversation ordinaire. Partie prenante des événements et porteurs d’émotions irrépressibles, ces chants font le lien entre mémoire autobiographique et connaissances partagées, et s’ancrent dans les formes plus politiques du passé pour proposer des versions personnelles et toujours malléables des histoires de la localité.
Bibliographie
Crummey, Donald (1986), “Banditry and Resistance: Noble and Peasant in Nineteenth Century Ethiopia “, in D. Crummey (ed), Banditry, Rebellion, and social protest in Africa, London : James Currey, pp 133-149.
Morand, Katell (2011), “Mélodies pleurées, paroles à attraper: les chants d’engurguro dans des funérailles éthiopiennes”, Cahiers de littérature orale 69: 57-78
Morand, Katell (2013), “En forêt, la musique : entre inquiétude et sentiment d’intimité”, Etnográfica 17 (3): 561-579.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Elena Vezzadini (27 février 2016). Chant, émotions, et mémoire autobiographique, Ethiopie du Nord. Histoire sociale de l’Afrique orientale. Consulté le 5 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/at6m